Soins de santé et Environnement

Nos collaborateurs en RDC collaborent avec les équipes actrices du système de soins de santé à Kinshasa et au Nord-Kivu. Outre la thématique de la santé, celle de l'environnment traverse nos actions. 

Les maux de l’environnement

Différentes maladies sont en lien avec la nature, la faune, les microbes, le climat… On pense d’abord à la malaria et aux infections liées à la mauvaise qualité de l’eau – dont le choléra.

Une deuxième catégorie de problèmes environnementaux concerne les maladies liées aux habitudes de vie : de plus en plus de gens souffrent de diabète et d’hypertension.

Enfin, il y a toutes les questions liées à l’environnement politique et social. Dans les rues de Kinshasa et de Goma, les gens marchent, circulent, discutent. Les boutiques s’animent, la musique règne, on se salue, on s’embrasse. La vie peut être très dure, mais tout le monde participe, on se débrouille s’il le faut avec un petit commerce. Mais quand on met ses enfants à l’école ou qu’on part se soigner au centre de santé ou à l’hôpital, il faut payer, il faut tout payer. L’État congolais n’intervient quasi pas. Chaque personne finance les services sociaux dont il a besoin ainsi que la police et les douanes.

Avec ça, on ne va jamais bien loin, les ressources d’une famille sont très limitées. En moyenne dans le pays, les soins de santé coûtent 17 dollars par habitant et par an. Les gens financent ces soins eux-mêmes à 80%.

A aussi prospéré la catégorie de facteurs environnementaux générés par l’Homme qui a cultivé la guerre, dégradé ses routes, poussé des milliers de gens dans des camps, rendu fous des jeunes à qui on a confisqué des armes, apeuré les cultivateurs en leur volant leurs récoltes de plus en plus maigres…

Environnement physique, social, politique, tout se tient, et quand la violence s’en mêle, elle chapeaute le tout, mais chacun des aspects poursuit son influence sur le quotidien des gens. Dans de tels contextes, l’argent de l’Aide s’ajoute à la complexité et peut raviver les tensions. Quand la gouvernance est faible, c’est l’arbitraire qui prévaut. L’autorité normale d’un chef sur ses subordonnés peut laisser la place à des injonctions brutales, des ordres incohérents, des mauvais exemples qui n’incitent pas à la prise au sérieux de certaines directives.

Dans un hôpital ou un centre de santé, on peut en arriver à des abus de pouvoir, des absences du personnel, un accueil glacial vis-à-vis des patients. Parfois, on gère peu ou on gère mal. Si les médicaments manquent, on rédige des ordonnances et les patients n’ont qu’à se débrouiller.

Comment s’y prendre ? Leviers et opportunités

Dans de tels contextes, nous faisons tout pour amener des changements, c’est notre rôle d’ONG de développement enracinée dans l’Université : coopérer pour changer. En santé, les acteurs de ce changement avec lesquels nous collaborons sont des cadres des hôpitaux et des centres de santé publics. Nous cherchons avec eux comment s’inscrire dans des dynamiques positives, comment construire un changement basé sur des pratiques innovantes et respectueuses de leur environnement.

Nous savons aussi que dans une situation difficile, peu satisfaisante, bloquée, la volonté de changement n’est qu’une partie de la question. Il faut que plusieurs dimensions coexistent pour qu’un espace de changement devienne possible : liberté, justice, place de la mémoire collective, droit à l’information, écoute, dialogue, compétences, ressources, rigueur, esprit critique…

C’est ainsi que, pour rendre possible un changement dans des situations où les rapports sociaux sont fortement perturbés, nous partons d’initiatives existantes sur la base desquelles nous construisons, avec nos partenaires, des projets leviers, des « starters » d’une dynamique à la fois nouvelle et endogène.

À Kintambo, en 2008, l’hôpital était très peu fonctionnel et assez peu soigné. Nous avons travaillé avec le Comité Directeur de cet hôpital sur la réorganisation d’un service à vocation générale. Son mode d’organisation mieux centré sur le patient est devenu un exemple qui permet aujourd’hui aux responsables de l’hôpital de dépasser les blocages et de réorganiser la pédiatrie et très bientôt le service des urgences. À Kirotshe, une partie du personnel s’est montrée très convaincu de la pertinence des audits cliniques (une analyse de la qualité des soins) pour une meilleure organisation des soins. Nos collaborateurs ont soutenu ce processus qui a permis de passer outre des tensions qui avaient rendu impossibles les réunions de services. Dans plusieurs hôpitaux du Kivu, une formation clinique des médecins et des sages-femmes a permis de réduire considérablement les complications obstétricales. La formation était basée sur un autodiagnostic des compétences – et donc aussi des lacunes – de chacun de ces personnels de santé.

En santé à ULB-Coopération, nous avons donc été amenés à bien souvent quitter les routes tracées de l’aide au développement (fournir des médicaments, payer pour des soins) pour nous consacrer aussi au changement humain, au changement des rapports sociaux et à la mise en valeur des dynamiques positives. Pour nos collègues nationaux, c’est une manière de contrer les aspects négatifs de l’environnement politique et social. Cela nous donne aussi à tous des possibilités de nous engager plus à fond dans l’action sur l’environnement physique qui nuit à la santé des personnes.