Le recours au financement privé pour les ONG: Quels changements ?

SUR BASE DU MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES DE THOMAS WEIGERT, "LES EFFETS DU RECOURS AU FINANCEMENT PRIVÉ POUR LES ONG UNIVERSITAIRES BELGES DE COOPÉRATION AU DÉVELOPPEMENT", UNIVERSITÉ DE LIÈGE, 2018

L’année 2015 fut une année charnière pour la coopération au développement belge. Premièrement, l’ensemble des pays membres de l’ONU se sont accordés sur une liste de dix-sept objectifs mondiaux pour le développement durable, qu’ils se sont engagés à atteindre d’ici 2030. Deuxièmement, l’OCDE a réalisé une analyse de la coopération au développement en Belgique* qui a servi de base aux réformes entreprises par l’État belge l’année suivante.

Modification du cadre général des ONG belges 

2016 a donc vu le cadre général des ONG belges profondément modifié, avec pour objectif d’amener l’aide publique au développement vers une plus grande «efficacité» et de «concentrer» les actions dans une liste réduite de pays partenaires.

Structurellement, les ONG se sont vues fondues au sein d’une catégorie plus large d’organisations de la société civile (OSC). L’agglomération de ces différents acteurs visait notamment les économies d’échelle. Dans le même temps, l’enveloppe accordée à la coopération au développement par l’État belge diminuait avec pour corollaire que le budget de chaque acteur s’est vu raboté.

Autre pression concomitante, de nouvelles tâches administratives ont été imposées aux ONG. Un fastidieux travail d’élaboration ou de mise à jour de procédures, et de récolte de preuves liées à ces procédures, a été réalisé par le secteur. Cette systématisation, professionnalisation, a hélas été évaluée sur la forme plus que sur le fond. Les ONG ayant passé avec succès ce «screening» ont pu continuer avec une sérénité temporaire et relative leur travail d’appui aux populations.

L'adaptation des ONG belges 

L’analyse de l’adaptation de deux ONG universitaires (ADG et ULB-Coopération) au screening, et aux modifications de financement ont servi de base au mémoire. Deux résultats importants ont pu être mis en évidence, sur base d’entretiens semi-directifs du personnel: d’une part, bien que l’État belge enjoigne les ONG à recourir davantage au financement privé, celui-ci reste complémentaire du financement public. En effet, les administrations publiques belges ne financent pas les projets à 100 %, chaque ONG doit y contribuer avec ses «fonds propres». Ceux-ci proviennent des particuliers, ou de fondations et autres structures privées. Cette partie, «apport propre», généralement entre 20 % et 25 % du budget total d’un projet, représente un réel défi pour chaque ONG.

Second résultat face aux réformes et à la perspective de diminution des budgets publics, certaines ONG se sont regroupées en consortium. Dans un environnement en évolution où le financement public diminue, il devient primordial de s’entourer d’organisations désireuses de mutualiser leurs ressources permettant ainsi de garantir la poursuite des activités malgré la diminution de l’enveloppe budgétaire publique allouée. La capacité d’une ONG de coopération au développement à obtenir des projets de plus grande envergure sera fortement liée à sa capacité à créer des partenariats solides et durables avec d’autres organisations, qu’il s’agisse de fondations ou d’autres ONG.

C’est le cas d’ADG (Université de Liège à Gembloux) et ULB-Coopération, regroupées avec Louvain Coopération et la FUCID (Université de Namur) au sein d’Uni4Coop.

Et maintenant ? 

En définitive, il semble qu’il appartient dès à présent aux ONG d’anticiper les changements du secteur pour pouvoir subsister, afin de remplir leur mission première: la réalisation de projets, lesquels améliorent considérablement la qualité de vie des populations au Sud. Une des pistes est effectivement la concrétisation de partenariats avec les structures privées, avec les questions éthiques que ces processus engendrent. Quant au recours au financement privé, il devra immanquablement croître!

En poursuite du mémoire, il conviendrait d’analyser l’impact de structures telle BIO, société d’investissement belge pour les pays en développement, mobilisant directement les entreprises privées désireuses d’investir au Sud.

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