L’enjeu majeur de nos projets menés en RDC dans la thématique « Gestion des territoires et des ressources » est de co-construire avec les producteurs, des modèles agricoles intégrés et durables, et de générer des expertises solides et ancrées localement, sur lesquelles pourront s’appuyer les développements futurs. 

Agroécologie dans les provinces de Kinshasa et du Kongo Central

Les besoins alimentaires de la ville de Kinshasa (plus de 17 millions d’habitants) créent une pression très importante sur le foncier des zones avoisinantes. Comme dans le reste de la RDC, la gestion des terres est un véritable casse-tête. La très grande majorité d’entre-elles sont gérées, sur base des coutumes et usages locaux, par des « ayants droit » issus des lignées des chefferies. Les agriculteurs et agricultrices « non ayants droit » se voient attribuer des concessions limitées et pour une durée souvent précaire (un cycle de culture), qui ne permet pas de mettre en oeuvre des stratégies d’exploitation durable sur le long terme (par exemple des stratégies d’amendement des sols, de rotation avec engrais verts ou d’agroforesterie). Les pratiques d’agriculture itinérante couplée à la pression foncière accrue conduisent à une déforestation grimpante et à l’appauvrissement des sols. Les familles voient leurs revenus diminuer. Certaines partent vers la ville…

Avec son partenaire CCDS, ULB-Coopération agit à plusieurs niveaux pour tenter de casser cette spirale infernale.

Le projet mis en oeuvre tente d’augmenter les revenus des familles tout en promouvant le développement de pratiques durables et de préservation des ressources naturelles. Les familles de 24 villages (1.250 ménages) regroupées au sein de Comités de développement (CODEV) sont accompagnées dans leur cheminement vers des stratégies agricoles et de commercialisation plus efficaces et pérennes. Vingt « champs écoles paysans » ont été mis en place pour expérimenter et évaluer collectivement des pratiques agroécologiques adaptées au contexte. Chaque champ école dispose d’une parcelle de démonstration, animée par un « agrovulgarisateur », agent du CCDS, où sont menés des essais agronomiques et organisées des formations continues pour tous les membres des CODEV. Chaque ménage y dispose également d’une petite parcelle où il peut tester les techniques qui lui semblent les plus adaptées à ses besoins avant de décider s’il va les reproduire dans ses propres champs. Cent vingt ménages ont en outre été volontaires pour être des « ménages pilotes ». Ils bénéficient d’un appui plus personnalisé de la part des agro-vulgarisateurs, jusque sur leurs propres parcelles. Ces ménages pilotes peuvent appuyer les autres ménages qu’il est impossible de suivre individuellement, et d’autre part, ils permettent de vérifier l’efficacité des approches innovantes, en conditions tout à fait réelles, sur les parcelles des familles.

Tout ce modèle tient la route uniquement si les ménages sont assurés de pouvoir exploiter leurs terrains sur des périodes suffisamment longues (10-15 ans). Le second objectif de l’action est donc d’encourager la sécurisation des parcelles en facilitant les négociations et la contractualisation avec les ayants droit. La sécurisation des champs écoles pour une durée moyenne d’environ 20 ans a été obtenue avec l’appui des fédérations d’agriculteurs. Des animations croisées entre les différents CODEV permettent aux communautés ayant identifié des solutions efficaces face à ces problématiques d’accès foncier d’appuyer et de conseiller d’autres villages qui se trouvent en difficulté, dans une démarche d’apprentissage par les pairs. L’important travail de plaidoyer, mené avec l’appui du CCDS au niveau des différents villages, obtient petit à petit des résultats.

À terme, les actions mises en place devront être soutenues et poursuivies par les fédérations d'agriculteurs et les CODEV. C’est pourquoi le CCDS renforce également les capacités de 3 fédérations : élaboration et suivi du budget, suivi comptable et rentabilité des filières sont abordés, tant par le biais d’études de filières, de formations, que par des méthodes d’apprentissage collectif.

L’apiculture à l’est du Kongo Central

À Luki, aux abords de la Réserve de biosphère de l’UNESCO, ULB-Coopération poursuit le même objectif d’augmentation des revenus des ménages, avec une approche semblable mais quelque peu distincte puisqu’il s’agit là de développer une source de revenus complémentaire, durable et s’intégrant dans les politiques de conservation forestière de la zone : l’apiculture. 

Le modèle d’intervention suit la même logique. Vingt « ruchers concentrés » ont été mis en place. Ces ruchers sont un modèle hybride issu des « ruchers communautaires » mais dans lesquels les ruches et leurs produits sont répartis individuellement. Cette initiative a pour but de faciliter l’encadrement et la formation continue, ainsi que la sécurisation des apiculteurs qui n’ont pas de terrain, sur des parcelles concédées par des ayants droit. La flore mellifère y est entretenue et développée collectivement. Des pépinières ont éclos à l’initiative des apiculteurs, et un accompagnement en collaboration avec l’INERA (Institut national d’étude et de recherche agronomique) est en cours, afin de valoriser au mieux les plantes mellifères locales, et ainsi contribuer encore à la mise en valeur de la réserve.

En 2017, 250 apiculteurs ont pu bénéficier d’appui technique et de suivi personnalisé au sein des ruchers concentrés, tout au long du calendrier apicole. Ils ont profité de formations pratiques organisées sous le modèle participatif. Enfin, ils ont pu acquérir, à bas prix, de nouvelles ruches à barres (ruches kenyanes) construites localement, et du matériel apicole adéquat, permettant d’implanter leurs nouvelles connaissances sur leurs propres terrains.

Toutes ces actions sont menées en étroite collaboration avec la coopérative d’apiculteurs COAPMA (coopérative des apiculteurs du Mayombe) qui devra à terme assurer la poursuite du modèle et la pérennisation des acquis.

Capitalisation et échange d’expérience

Parallèlement à ces activités, ULB-Coopération mène une réflexion plus globale sur la place de l’apiculture et son intégration dans les systèmes de production et dans les projets de développement. Les opportunités de synergie au sein des systèmes agricoles sont nombreuses, et la place de l’apiculture comme activité complémentaire peut se révéler très porteuse, notamment en lien avec les thématiques de l’accès foncier et de l’agriculture itinérante (jachères longues et régénération naturelle assistée par exemple).

C’est dans cette optique qu’est développé le réseau Synapic (Synergie apiculture au Congo) avec l’ouverture d’un nouveau bureau à Mbanza Ngungu. 2017 a permis de réorienter certaines activités de Synapic pour en faire un véritable moteur de capitalisation et de recherche pour les quatre années à venir...

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