Abraham & John, vocation d'animateurs apicoles 

 

« Chasseur de miel » est un terme peuconnu dans nos pays européens où certains types d’abeilles sont presque devenus des animaux domestiques. Cependant, dans les vastes paysages congolais, la chasse pour trouver un essaim à l’état sauvage et récupérer le précieux liquide, est encore courante. Loin du caractère exotique, c’est surtout un manque de ressources financières et d’organisation qui explique cette sous-exploitation d’une ressource naturelle pourtant intéressante. Plusieurs initiatives ont ainsi vu le jour pour mieux exploiter cette source de revenus complémentaires grâce à une approche plus professionnelle de l’apiculture. Des experts apicoles ont été formés pour promouvoir cette activité auprès des paysannes et paysans, conseillant les uns, motivant les autres, déplaçant des ruchers, capturant des essaims, remplissant des fiches de suivi permettant d’améliorer la production, recommandant de nouvelles habitudes pour améliorer la qualité du miel, supervisant la construction des mielleries…

Abraham Mukueri et John Ngoma sont de ceux-ci. Engagés de longue date dans la promotion de l’apiculture et actifs avec les organisations apicoles de la région de Luki, ils ont aujourd’hui intégré l’équipe d’ULB-Coopération et ont définitivement adopté la cadence des abeilles ouvrières en parcourant quotidiennement des kilomètres à moto pour voler d’une ruche à l’autre. Si un jour, vous avez l’occasion de goûter le miel des producteurs locaux, peut-être y trouverez-vous un peu de leur savoir-faire et de leur histoire.

Abraham a découvert l’apiculture il y a près de quarante ans ! De boulots à succès en petits boulots avec moins de succès, au détour d’une rencontre inattendue, il a un jour concrètement imaginé les bénéfices financiers d’un rucher pour sa famille. Formé par l’Armée du Salut, il est toujours aujourd’hui apiculteur à titre personnel, dans son propre rucher à Mbanza Ngungu (dont il tait la localisation exacte, on ne dérange pas ses Apis mellifera adansonii), où son épouse a maintenant pris le relais !

Membre de plusieurs associations d’apiculteurs au fil des années, créateur de plateformes d’apiculture, inventeur de ruches « systèmes D », il excelle dans l’enrichissement mutuel des savoirs locaux et pratiques. Sa propre expérience de vie (il a été gérant de magasin d’alimentation, taximan, commerçant ambulant…) le guide dans ses approches pédagogiques, soucieux de se mettre au niveau des apprenants, en termes de langue, de matériel à disposition, de supports didactiques…

Formateur en apiculture jusqu’au Kasaï Occidental, le titre de son support de cours est explicite « L’apiculture pour mon bienêtre ». Au-delà des apports financiers, c’est une activité qui lui apporte humilité, respect et sérénité ! Fort de son expérience, il témoigne avec vigueur et un grand sourire communicatif des avantages multiples de l’apiculture, qui peut s’exercer peu importe l’âge et le genre, qui n’est pas chronophage (c’est l’abeille qui fournit la main-d’oeuvre principale, aime-t-il souligner), qui n’est pas exigeante en termes d’espace ni de qualité du sol, qui est durable, qui est une source de revenus et qui contribue à la reforestation !

Son complice John a, quant à lui, voyagé de Tshela à Kinshasa, en passant par Bukavu, avant de s’installer définitivement à Kikalu en 1975, où il a toujours travaillé dans l’agriculture, passant de l’élevage des porcs à la culture du café, qu’il a dû abandonner suite à la chute du cours mondial. L’apiculture s’est imposée à lui, parce qu’elle ne requiert aucun achat de nourriture pour le « cheptel », que le matériel de base de l’apiculteur peut être fabriqué à partir de matériaux disponibles localement, sans investissement, parce qu’elle n’est pas chronophage, sauf à quelques pics durant les récoltes. C’est aussi l’Armée du Salut qui l’a formé à l’apiculture, et qui lui a donné envie de la partager avec d’autres. Les abeilles étaient et sont encore régulièrement une source de peur, déconstruire ces craintes et partager sa passion sont les motivations principales de John, et il le fait avec son enthousiasme débordant ! Formateur et membre d’une coopérative apicole qui croît continuellement, il coordonne aujourd’hui 6 mielleries du projet d’ULB-Coopération, et veille aux différents aspects techniques d’entretien du rucher, de traitement du miel, de construction des mielleries, et aussi de commercialisation de cet or liquide.